NoFap, ça marche ? Ce qui tient la route et ce qui ne tient pas
NoFap a aidé à faire de l'arrêt du porno un sujet dont on peut parler. Certaines de ses promesses tiennent, d'autres pas. On fait le tri, à tête reposée.
NoFap a raison sur le soutien et l'entraide. Sa promesse la plus célèbre, un pic de testostérone à 145,7 %, vient d'une étude retirée en 2021, et ni le flatline ni le reboot de 90 jours n'ont jamais été testés. Garde le soutien, laisse tomber la honte.
D'où vient NoFap
NoFap est né en 2011 sur Reddit. Au départ, c'était un défi : ne pas se masturber pendant une durée donnée. C'est devenu un vaste mouvement, avec ses forums, ses applis et son propre jargon : reboot, série, flatline. Des centaines de milliers d'hommes l'ont rejoint pour essayer de changer leur rapport au porno.
Ce succès montre déjà une chose bien réelle : beaucoup d'hommes veulent changer et cherchent du soutien. Reste à savoir quelles promesses tiennent la route.
Les promesses, une par une
La testostérone. La promesse la plus connue veut que la testostérone grimpe à 145,7 % de son niveau normal au septième jour sans éjaculation. Elle vient d'une petite étude de 2003. La revue qui l'avait publiée l'a retirée le 10 décembre 2021, parce qu'elle reprenait en grande partie un article antérieur du même auteur 1. Et même avant ce retrait, l'étude décrivait un pic passager, pas une hausse durable. À notre connaissance, aucune recherche ne montre que NoFap fait monter la testostérone sur le long terme.
L'énergie et la confiance en soi. Beaucoup d'hommes disent avoir plus d'énergie et d'assurance après avoir arrêté. Ces témoignages sont sincères, mais aucune étude contrôlée ne les a vérifiés. On ne sait donc pas si l'effet vient de l'arrêt lui-même, de l'effort de changer quelque chose, d'un sommeil plus long ou tout simplement du fait de s'attendre à aller mieux.
L'érection. Certains hommes craignent que le porno leur cause des troubles de l'érection. Les études ne sont pas unanimes. Une recherche menée auprès de jeunes hommes dans plusieurs pays européens a trouvé peu d'indices d'un lien entre la quantité de porno regardée et les troubles de l'érection, avec seulement une association faible et irrégulière dans l'un des échantillons 2. D'autres chercheurs rapportent des cas d'hommes qui allaient mieux après avoir arrêté. Si tu as des troubles de l'érection, consulte un médecin : les causes possibles sont nombreuses.
Le manque et le flatline. Une étude randomisée sur une pause de 7 jours n'a relevé, en moyenne, aucun symptôme de sevrage 3. Le flatline, lui, n'a jamais fait l'objet d'une étude en bonne et due forme. Pour aller plus loin, lis notre guide sur le flatline et le cap des 90 jours.
Ce que les communautés d'abstinence font bien
- Le soutien. Ça aide de savoir qu'on n'est pas le seul. Dans d'autres domaines, comme l'alcool, l'entraide organisée entre pairs a fait ses preuves.
- L'engagement envers les autres. Quand tu en parles à quelqu'un et que tu lui donnes des nouvelles, le changement a plus de chances de durer.
- Le sérieux. Elles considèrent qu'une difficulté que beaucoup d'hommes cachent mérite qu'on s'y attaque.
Là où elles se trompent souvent
- La honte après un écart. Retour au jour zéro et sentiment d'échec complet. Or la honte a tendance à entretenir le cercle vicieux plutôt qu'à le briser.
- Des règles rigides. Le même objectif pour tout le monde, quelle que soit ta situation.
- Des promesses démesurées. Superpouvoirs, testostérone en flèche, date de reboot gravée dans le marbre : de quoi finir déçu.
- Les étiquettes. On explique à chaque homme qu'il est accro. Or, d'après la recherche, se sentir accro dépend souvent plus de la désapprobation qu'on a envers le porno que de la quantité qu'on en regarde 4.
À quoi ressemble une approche fondée sur la science
Garde ce qui marche : le soutien, l'engagement envers les autres, un plan clair. Laisse de côté le reste : la honte, les calendriers rigides et les promesses que personne n'a démontrées. Pour le porno en particulier, l'approche la mieux étayée est la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) : apprendre à laisser passer une envie sans y céder, et construire une vie qui compte pour toi. Dans un essai randomisé mené auprès de 28 hommes, un programme d'ACT a fait baisser la consommation de 93 %, contre 21 % chez ceux sur liste d'attente 5. L'essai est petit, mais il porte bien sur le problème qui nous intéresse.
WINNR repose sur ces principes : un plan personnalisé, des outils pour le moment où l'envie te prend, une communauté, un binôme pour t'aider à tenir tes engagements et un compteur qui ne repart pas de zéro après un écart.
Questions fréquentes
NoFap, c'est sain ?
Faire une pause avec le porno ne fait pas de mal, et beaucoup d'hommes s'y sentent davantage maîtres d'eux-mêmes. Ce qui peut devenir malsain, c'est la honte et la logique du tout ou rien qui accompagnent parfois les défis de séries.
NoFap, c'est bon pour toi ?
Ça peut l'être, si ça t'aide à changer ce que tu as envie de changer. Les promesses précises, comme la testostérone qui s'envole ou un reboot à date fixe, ne sont pas confirmées par la recherche.
NoFap, c'est mauvais ?
Pas en soi. Ça devient contre-productif quand un seul écart mène à la honte puis à l'abandon, ou quand on promet des résultats que personne n'a démontrés.
À quoi sert NoFap ?
NoFap propose aux hommes un défi, une communauté et un objectif. Sa promesse la plus connue, un pic de testostérone à 145,7 % au septième jour, vient d'une étude retirée en 2021.
NoFap apporte-t-il vraiment quelque chose ?
Le soutien et l'engagement envers les autres, oui, ça peut aider. Pour un changement durable, les méthodes les mieux étayées sont les programmes structurés comme l'ACT, les plans concrets pour les moments à risque et l'aide des autres.
Tu veux un plan pour ton propre schéma ? Fais le test privé de 4 minutes. Tu luttes contre une envie en ce moment ? Ouvre la page envie.
Une précision sur ce qu'est cette page
Cette page est éducative. Ce n'est ni un diagnostic ni un avis médical. WINNR n'est pas un traitement ni une thérapie. Si l'usage du porno affecte sérieusement ta vie, parles-en à un professionnel agréé ; si tu es en crise, contacte les services d'urgence de ton pays.
Références
- Jiang, M. et al. A research on the relationship between ejaculation and serum testosterone level in men. Journal of Zhejiang University Science, 2003. Retracted on 10 December 2021. Retraction note
- Landripet, I. & Štulhofer, A. Is pornography use associated with sexual difficulties and dysfunctions among younger heterosexual men? Journal of Sexual Medicine, 2015; 12:1136-1139. doi.org/10.1111/jsm.12853
- Fernandez, D. P., Kuss, D. J., Justice, L. V., Fernandez, E. F. & Griffiths, M. D. Effects of a 7-day pornography abstinence period on withdrawal-related symptoms in regular pornography users. Archives of Sexual Behavior, 2023; 52(4):1819-1840, n = 176. doi.org/10.1007/s10508-022-02519-w
- Grubbs, J. B., Perry, S. L., Wilt, J. A. & Reid, R. C. Pornography problems due to moral incongruence: an integrative model with a systematic review and meta-analysis. Archives of Sexual Behavior, 2019; 48(2):397-415. doi.org/10.1007/s10508-018-1248-x
- Crosby, J. M. & Twohig, M. P. Acceptance and commitment therapy for problematic internet pornography use: a randomized trial. Behavior Therapy, 2016; 47(3):355-366, n = 28. doi.org/10.1016/j.beth.2016.02.001